
Considéré comme le plus grand oiseau d’Europe, le gypaète barbu était surnommé jadis le «voleur d’agneaux», mais cette réputation n’est pas méritée. Il se nourrit uniquement de cadavres d’animaux, et presque exclusivement de leurs os. S’ils sont trop gros pour être avalés, il les fait tomber sur les rochers pour les briser.
Les gypaètes barbus installent la plupart du temps leur nid (aire) au-dessus de la limite des arbres, dans des zones rocheuses. Comme ils ne chassent pas eux-même, ils choisissent des régions peuplées de nombreux chevreuils, chamois et autres ongulés. Il n’y a que dans un tel environnement qu’un nombre suffisant d’animaux meurent de maladie, de faim ou d’accident, de sorte que ces rapaces trouvent assez de nourriture. Ils volent souvent à basse altitude, car ils repèrent leurs proies grâce à leur vue.
Le gypaète barbu ne chasse pas lui-même, il se nourrit presque exclusivement de charognes, et surtout de leurs os. Son œsophage étant extensible, il peut en avaler des presque aussi longs qu’une règle. Ce sont les sucs gastriques de son estomac qui lui permettent de digérer même de gros morceaux.
Si un os est trop gros, le gypaète le transporte jusqu’à un endroit jonché d’éboulis et de blocs rocheux. Là, il laisse tomber l’os d’une hauteur de 50 à 80 mètres afin qu’il se brise en morceaux. Il répète parfois cette opération plusieurs fois jusqu’à ce que les morceaux puissent tenir dans son bec.
Les gypaètes sont des rapaces diurnes. Très craintifs, ils évitent le plus possible la proximité des êtres humains.
À l’âge de huit mois environ, le jeune gypaète quitte le territoire de ses parents. Il entreprend alors souvent de longues pérégrinations jusqu’à ce qu’il choisisse son propre territoire. Celui-ci se trouve souvent à proximité du lieu où il est né.
Les gypaètes barbus ne s’accouplent qu’à partir de cinq ans environ. Le couple reste alors souvent ensemble toute sa vie et défend son territoire contre d’autres gypaètes barbus.
Le nid, constitué de branches, d’herbes, de brins de laine de mouton ou de poils d’animaux, est souvent aménagé dans une grotte ou une cavité rocheuse bien protégée.
Entre décembre et février, la femelle pond deux œufs, que les parents couveront à tour de rôle. Les oisillons sortent de leur coquille au début du printemps, une période où s’alimenter est facile car de nombreux animaux n’ont pas survécu aux rigueurs de l’hiver. Le premier poussin, plus robuste, se montre souvent agressif avec son cadet et celui-ci ne parvient généralement pas à survivre au-delà de quelques semaines. En fait, le second œuf est une sorte de réserve pour le cas où il arriverait malheur au premier.
Le petit gypaète prend son envol après quatre mois environ.
Il y a plus de 100 ans, les habitant·es des Alpes ont exterminé les gypaètes barbus car ils·elles en avaient peur. Ils·elles pensaient que ces rapaces chassaient leurs moutons, et même attrapaient les petits enfants pour les dévorer. Tout cela est bien évidemment faux.
Depuis, les gypaètes sont revenus mais ils sont toujours menacés. Leur habitat est détruit dans de nombreuses régions et leur nourriture se fait rare. Ils meurent alors souvent d’empoisonnement en mangeant des animaux abattus par des munitions au plomb. Parfois, ils se retrouvent pris dans les lignes électriques. Et s’ils sont dérangés par les êtres humains pendant la couvaison, leurs petits risquent de mourir.
Pendant longtemps, le gypaète avait complètement disparu de l’arc alpin. Depuis 1970, le WWF participe à un vaste projet de réintroduction de cet animal. Plusieurs oiseaux nés en captivité ont déjà été relâchés dans la nature.





