Le gypaète barbu est de retour dans les Alpes

Le gypaète barbu avait complètement disparu des Alpes depuis près d'un siècle. Dans les années 1970, des spécialistes français, italiens, autrichiens, allemands et suisses ont commencé à élever de jeunes oiseaux dans les zoos et à les réintroduire dans les Alpes. Le WWF a également participé à cette initiative. Depuis, les scientifiques réintroduisent régulièrement des gypaètes dans les Alpes, et plusieurs d'entre eux ont déjà donné naissance à des petits.

Réintroduction

Les jeunes gypaètes ne peuvent pas être simplement libérés dans la nature sans précautions. Leur retour à une vie sauvage nécessite une préparation longue et minutieuse. Le plus souvent, on relâche ensemble deux ou trois petits provenant de différents zoos. À environ trois mois, soit trois à quatre semaines avant qu’ils ne soient capables de voler, ils sont déposés en montagne, dans une niche rocheuse spécialement aménagée.
À cet âge, ils mémorisent bien leur environnement et tissent un lien avec celui-ci, raison pour laquelle nombre d’entre eux reviendront plus tard à cet endroit, devenu leur lieu d’origine.

Nourrir et observer

Les scientifiques vivent dans un container pendant environ dix semaines. De là, ils surveillent les petits et leur apportent de la nourriture.

Ensemble pour le gypaète barbu

Le WWF collabore avec la fondation Pro Gypaète, qui s’occupe de la réintroduction, de l’observation et de la protection de ces oiseaux en Suisse.

Voici Franziska Lörcher.

Franziska travaille depuis 15 ans à la fondation Pro Gypaète. Elle participe aux réintroductions et surveille ensuite les petits dans la niche rocheuse où ils ont été placés, jusqu’à ce qu’ils s’envolent.

Nous lui avons posé quelques questions.

Franziska, comment as-tu découvert les gypaètes barbus?

«Enfant, j’ai participé à un camp de protection des animaux en Engadine. À l’époque, les premiers spécimens y étaient justement relâchés dans la nature. Cela m’a vraiment captivée. Plus tard, j’ai rédigé mon travail de maturité sur cet oiseau, et je lui ai également consacré mon travail de fin d’études en biologie. C’est à cette époque que j’ai rejoint la Fondation
Pro Gypaète, et j’y suis restée depuis.»

Qu’est-ce qui te fascine chez cet oiseau?

«D’une part, son mode de vie particulier: le fait qu’il puisse digérer des os ou qu’il couve en hiver. D’autre part, c’est un grand oiseau magnifique et chaque individu est unique à sa manière.

Je trouve également le projet consacré au gypaète barbu passionnant. Il montre qu’il est possible de faire bouger les choses, mais aussi que réparer les dégâts prend beaucoup de temps. Le gypaète barbu a été rapidement exterminé, et cela fait maintenant environ 50 ans que nous travaillons à sa réintroduction.»

À quoi faut-il veiller pour aménager une niche de réintroduction?

«La niche ne doit pas être orientée plein sud car il y ferait extrêmement chaud, mais un peu de soleil le matin est idéal. Les oiseaux ont besoin d’eau et d’un lieu de retrait individuel, celle-ci doit donc être suffisamment grande. Nous relâchons en effet plusieurs petits en même temps, or ils ne s’entendent pas toujours bien. De plus, les prédateurs comme le renard ne doivent pas pouvoir pénétrer facilement dans l’abri, qui doit pourtant être suffisamment accessible pour que nous puissions y apporter de la nourriture. Il faut également de nombreux ongulés dans la région, comme les bouquetins ou les chamois, pour que les jeunes puissent trouver eux-mêmes des carcasses dès qu’ils quittent leur nid.»

À quoi ressemble une journée de surveillance?

«Nous déposons de la nourriture avant le lever du soleil. Nous veillons particulièrement à ce que les oiseaux ne nous voient pas, car ils ne doivent pas créer de lien avec les êtres humains. Le reste de la journée, nous les observons et notons tout, par exemple combien de fois ils battent des ailes avant de s’envoler, leurs interactions, ou ce qu’ils mangent. Ces informations nous permettent de suivre leur développement.
Nous organisons aussi des stands d’information pour la population locale.»

Y a-t-il parfois des moments délicats lors d’une réintroduction?

«Oui, il arrive parfois que les oiseaux se battent et que l’un d’entre eux se blesse. Ou qu’un jeune se blesse à l’atterrissage et qu’il boite ensuite. Il n’est pas facile alors de décider s’il faut intervenir ou non.

Jusqu’à présent, nous avons eu beaucoup de chance et il n’y a encore rien eu de grave. Notre niche est très grande alors les gypaètes ne se battent que rarement entre eux.»

À quoi devez-vous encore faire attention ??

«Les adultes peuvent rester longtemps sans manger, mais pas les jeunes. Ils sont en pleine croissance et leur plumage doit se développer. C’est pourquoi il est important qu’ils reçoivent régulièrement suffisamment de nourriture. Parfois, cela s’avère un peu difficile, car les gypaètes barbus ne se posent pas toujours à l’endroit où on les attendait. Il faut donc toujours bien réfléchir à l’endroit où l’on dépose la nourriture, afin qu’ils puissent vraiment la trouver.»

Que peuvent faire les membres du Panda Club pour aider le gypaète barbu lors de leurs promenades dans les Alpes?

«Vous aidez tous les animaux des Alpes en ramenant vos déchets chez vous et en respectant ces deux règles: ne pénétrez pas dans les zones de protection de la faune sauvage et ne quittez pas les sentiers. Les barrières, les panneaux et les chemins existent pour une bonne raison.
Et si vous avez la chance d’apercevoir un gypaète, profitez-en! Partagez votre expérience et votre enthousiasme avec les autres. C’est important de faire connaître cet oiseau qui a été si longtemps mal compris. D’ailleurs, nombreux·ses sont celles et ceux qui pensent encore que ce rapace est un chasseur, même si nous travaillons depuis des années à dissiper ce malentendu.»